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Universal sur le point de racheter Megaupload ?

Site pour le moins sulfureux, Megaupload a été fermé jeudi d’une manière incroyablement musclée et médiatisée. Il est clair qu’on voulait faire un exemple et montrer au monde entier que l’impunité dans l’internet n’existe pas, et que Dieu FBI peut intervenir où bon lui semble avec les accords qui vont bien avec la police (voire l’armée) locale.
Depuis jeudi, la plupart des autres sites du genre se préparent au pire (forcés ou non) en désindexant tous leurs contenus illicites de Google.


Cet épisode burlesque est digne d’un épisode de 24h chrono, où le méchant est tapi dans son block-house au sous-sol du chateau, armé jusqu’aux dents.

Je passe sur le commentaire de Sarkozy qui, en bon soldat, défend son camp… C’est de la récupération politicienne pour légitimer les lois Hadopi. Et je suis même surpris que notre président n’ait pas trouvé un prétexte pour se targuer d’avoir participé personnellement à ce coup de filet « exemplaire », qui permet de débarrasser le monde de ces méchants qui font des [profits criminels], je cite. Bien sûr, on n’est plus à un excès près de sa part, le mot criminel est « légèrement » exagéré ici car il n’y a pas mort d’homme ici, il me semble. La mort d’une époque ou d’un modèle économique peut-être.

Megaupload légal ou pas ?

Megaupload prétend être dans la plus stricte légalité, car il offre un service de stockage en ligne, sans faire particulièrement la promotion des contenus qui y sont déposés par des internautes, et en respectant la loi qui impose au prestataire de ne pas regarder les fichiers uploadés (au titre de la protection de la vie privée).
En ce sens, le service offert par Megaupload se rapproche d’un Dropbox et également aussi des services plus récemment créés : Amazon Cloud Drive, Google Music et Apple iTunes Match.

Ces 3 derniers services se présentent comme une « boutique », mais en fait, ce sont plutôt des services d’hébergement de votre musique numérique en ligne (achetée légalement ou non), en bridant plus ou moins leur distribution à des tiers.
Amazon a récemment plié l’échine devant les majors, mais combien de temps cela peut-il durer ?

La légalité du site Megaupload reste selon moi un peu touchy, car le site indexe dans Google le nom des fichiers disponibles, ce qui leur donne un caractère public gênant, même si Megaupload se retranche derrière le fait que c’est les utilisateurs eux-même qui les postent sur le site.

Personne ne sait vraiment si la fermeture de Megaupload est liée ou non, à l’épisode judiciaire de décembre dernier, où Megaupload avait attaqué en justice Universal, au motif que Universal a fait retirer de Youtube une vidéo dont Megaupload prétend pourtant détenir tous les droits d’auteur. La vidéo est redevenue disponible ici sur Youtube. 12 millions de vues tout de même, pour une vidéo qui a été censurée 😉
A noter que si Megaupload était si mauvais pour les artistes, je doute que Mégaupload aurait pu (même en les payant cher) faire intervenir dans sa publicité virale des artistes significatifs comme cela a été le cas.

Donc, il convient de se poser la question :
« Est-ce que les majors défendent les intérêts des artistes ou alors leurs propres intérêts ? »
J’avais traité ce sujet, il y a 3 ans sur ce blog « Les majors ont peur que les artistes…« , où il faut bien sûr distinguer les artistes très connus (qui ont intérêt à ce que les ventes soient concentrées sur une élite musicale) et les artistes peu connus (qui ont intérêt à ce que chaque artiste ait sa chance de trouver son public)

Et ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le volume d’affaires dans l’industrie culturelle (musique, cinéma, jeux vidéos), ni non plus uniquement la distribution de ce gâteau (de manière plus ou moins équitable)
Mais c’est aussi (et surtout) la tendance lourde que les majors pourront se faire court-circuiter par les artistes eux-même.

Le Motto de Google « Don’t be evil » [Ne vous faites pas détester] ne s’applique évidemment pas à Universal, ni aux majors, ni aux gouvernants pro-Hadopi. Car à force de diaboliser les consommateurs, soit-disant pirates, ils ont fini par se voir affublés à leur tour (et de manière durable) des cornes et du trident.

Mais… c’est bien gentil tout ça mais quel rapport avec le titre du billet ?

Patience, ça arrive maintenant.
Dans tout ce remue-ménage autour de Mégaupload, il fallait forcément que je retourne voir les écrits de Fabrice Epelboin, toujours très percutants et tranchants. Et bien, il nous a ressorti un article de feu ReadWriteWeb France, que j’avais déjà apprécié à l’époque, qui était furieusement d’actualité ces jours-ci, un an après sa publication originale.
A lire absolument : Megaupload : le cancer du pirate.

La seule question, en réalité, consiste à savoir s’il faut détruire les sites de DDL pour en proposer soi même, ou tout simplement les racheter, quitte à faire baisser le prix à la faveur d’un énième procès, faisant office d’OPA hostile.

Merci Fabrice pour cet éclairage. Pour moi, c’est clair maintenant que les majors ont trouvé leur modèle économique à long terme : il leur suffit de cloner Megaupload, c’est à dire le modèle du direct download.
Finalement, à grande échelle et en version « légale », ça donne quelque chose qui ressemble à la licence globale (tant décriée) ou même les modèles de streaming type Spotify ou Deezer, mais avec une différence de taille :
La promotion est assurée par les membres eux-même ! Le coût associé à cette promotion sera marginal, mais en maintenant une barrière à l’entrée énorme (la construction de la communauté) pour les concurrents ou les ayant-droits individuels, ça aura beaucoup de valeur pour leurs clients, les artistes ! Et qui dit « beaucoup de valeur », dit « beaucoup d’opportunités de s’engraisser ».

Donc Universal poignarde Megaupload, mais pas dans le coeur, dans le ventre, pour qu’il survive. Le colosse est à terre, invisible dans la poussière, et là, Universal taille un deal avec les fondateurs du site pour en reprendre les rênes. La communication publique autour du deal est évidemment de sauver l’argent payé d’avance par les clients de Megaupload, et de proposer une offre similaire à Amazon/Google/Apple. Moyennant quelques reversements aux artistes (une petite partie du gâteau), Universal devient distributeur et média, avec des revenus plus faibles mais aussi des coûts dérisoires. La major reprend un caractère incontournable (et durable) auprès des artistes.
Et cela pour un prix défiant toute concurrence, et en sauvant la peau des propriétaires au niveau judiciaire et leur permettant même peut-être de toucher un petit chèque au passage ou de garder quelques actions. Les actions résiduelles aux fondateurs ne seraient pas du luxe, car ce n’est certainement pas Universal qui pourrait faire tourner un site communautaire, ce n’est pas dans leur ADN.

Le plus « drôle », c’est que si ce scénario se produit, le groupe Anonymous qui avait attaqué Universal et plusieurs sites institutionnels, pourrait ensuite attaquer Megaupload quand ce site appartiendra à Universal 😉

Crédit Photo entête du billet : Logicielmac.com

  • http://twitter.com/PierreCol Pierre Col

    Je peux confirmer que plusieurs majors étaient en discussion avec MegaUpload pour utiliser leur plateforme afin de diffuser légalement du contenu « intelligemment DRMisé »…

  • Marc Thouvenin

    Hum, interessant, Pierre
    Et j’imagine que ces discussions n’ont pas abouti, car les majors étaient trop gourmandes ?

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